France-Amérique

MANAGEMENT Les dirigeants expatriés en Amérique se disent très satisfaits de leur carrière

Les cadres français s'épanouissent aux États-Unis... et dépriment en France

Ils seraient entre 3 000 et 5 000 Français à s'être internationalisés en occupant aux États-Unis des postes à hautes responsabilités. Ces cadres dirigeants ont non seulement su s'adapter à un marché libéral ultra concurrentiel, mais aussi se faire un nom et une place dans l'establisment managerial américain.

C'est pour mieux les connaître et étudier les facteurs clés de leur réussite que Transmark Partners, un cabinet de conseil spécialisé dans l'accompagnement stratégique et opérationnel d'entreprises françaises installées aux États-Unis, vient de publier une étude sous le titre États-Unis : La réussite des cadres français. Réalisée en ligne entre le 15 juin et le 10 juillet 2005 auprès de 90 cadres dirigeants français établis aux États-Unis, l'étude révèle, comme le souligne Yves Coléon, président de Transmark Partners, que " le rêve américain est devenu une réalité pour beaucoup de cadres français qui ont su s'adapter au marché et partager les valeurs de la société américaine. " Les conclusions de cette enquête se veulent optimistes et encourageantes pour les futurs cadres français en mal d'aventure.

Les cadres dirigeants français auraient-ils la cote auprès des Américains ? Indéniablement, à en croire quelques illustres et récentes nominations : Jean-Michel Courtois a pris la présidence de Microsoft International, Patrick Ceslau celle d'Unilever, Dominique Reiniche celle de Coca-Cola Europe tandis que notre notre actuel ministre du Commerce Extérieur, Christine Lagarde a été nommée présidente du cabinet américain Baker & McKensie.
Qu'ils soient connus ou non, à la tête des grandes multinationales ou de petites entreprises, tous ces cadres dirigeants français ont ressenti, à un moment de leur carrière, l'envie et le besoin de tenter l'aventure américaine. Pour y faire fortune ? Pas nécessairement. Selon une étude menée par le cabinet Transmark Partners, seuls 37% des cades interrogés avouent avoir été séduits par l'appât du gain, loin, très loin derrière l'irrésistible attrait du rêve américain, premier facteur, toujours selon cette étude, d'expatriation.

Alors qui sont-ils, ces cadres dirigeants français, carriéristes de toute évidence, aventuriers et anglophiles qui loin des clichés du Français casanier ont tenté aux États-Unis le tout pour le tout ? Selon l'étude de Transmark Partners, réalisée auprès de 90 cadres français établis aux États-Unis, ils ont à 91% plus de 35 ans (les 25-35 ans ne représentant que 9%) et résident à 69% aux États-Unis depuis plus de 10 ans. Ils occupent à 90% des postes de direction (chefs d'entreprises, PDG, directeurs, associés) et travaillent à 30% pour des compagnies américaines à capitaux français, 25% pour des sociétés françaises et 23% pour des entreprises américaines. Ils exercent leur métier dans divers secteurs d'activité (26% dans les Biens de consommation, 17% dans le Conseil et Cabinets juridiques, 13% dans les Services, 12% dans la Finance et les Assurances, 8% dans les Transports, 7% dans la Restauration, les Loisirs et le Tourisme, 7 % dans la Santé, 5% dans l'Immobilier, et 3% dans les Médias et le Publishing). Leur niveau d'étude est assez élevé, 64% des cadres interrogés ayant Bac + 5 et plus. Et bien évidemment, ils ont tous rêvé de monter leur propre société ou d'être chef d'entreprise.

Côté personnel, les cadres français interrogés aiment voyager à l'étranger. Trouver un juste équilibre entre vie familiale et vie professionnelle leur semble primordial. Ils sont fiers de leur héritage français, mais revendiquent d'être parfaitement intégrés dans la communauté américaine. Ils accordent une grande importance à leur réussite matérielle, signe de leur réussite professionnelle.

C'est le sens de l'aventure, le goût du voyage, l'intérêt pour la culture américaine et le rêve américain qui les ont poussés à venir travailler aux États-Unis. Le rêve américain. Depuis toujours, il n'a cessé de nourrir les esprits et de séduire les hommes. Hier les pionniers, aujourd'hui les cadres français. Mais derrière cette quête d'absolu se cache une autre réalité, celle d'un attrait manifeste pour une économie américaine dynamique qui fait, selon eux, défaut à la France. 56% des cadres interrogées disent avoir été séduits par la diversité des offres d'emploi aux États-Unis, et 49% regrettent le manque d'opportunités professionnelles en France. Ainsi faut-il lire dans ces chiffres la critique du système économique français, trop morose et sans doute trop figé pour ces entrepreneurs ambitieux.

Tenter l'expérience américaine est une chose, encore faut-il la réussir. Aux États-Unis, la réussite passe essentiellement par le travail. Pour 96% des cadres intérrogés, c'est même le tout premier facteur de réussite. Pas étonnant dans un pays à l'éthique protestante où le salut s'acquiert par le travail, et où la reconnaissance sociale du travail est un puissant facteur de motivation individuelle. " Aux États-Unis, peu importe ce que vous êtes, seul compte ce que vous faites ", a-t-on coutume d'entendre. Une réalité que les cadres français ont fait leur.
Au travail s'ajoute l'esprit d'entreprise. L'innovation est très prisée aux États-Unis et qui dit innovation dit prise de risques. L'échec est ici acceptable parce qu'il fait partie de la règle du jeu. L'attentisme, le déterminisme professionnel et l'assistanat sont en revanche bannis. Ainsi, 90% des cadres interrogés accordent une extrême importance à l'esprit d'entreprise et 83% à la prise de risques. Certains n'ont donc pas hésité à " quitter l'entreprise où [ils] avaient un très bon poste et où [ils] étaient très bien rémunérés pour commencer [leur] affaire sans rien " … enfin presque. Car ce serait occulter un des puissants moteurs de leur réussite, à savoir l'ambition. 81% d'entre eux sont en effet venus aux États-Unis pour la nourrir. Cette " volonté d'apprendre, de comprendre et de prendre des responsabilités " est, à leur yeux, un gage de réussite important dans un pays qui valorise la réussite matérielle.

Les compétences managériales, évidemment, sont un corollaire important de la réussite. Pour 83 % des sondés, c'est même une condition essentielle. Mais la chance n'est pas étrangère à leur succès. 68% des cadres interrogés ont ainsi habilement composé avec elle.
Reste que, même arbitraire, la chance se provoque car " en affaires, comme le souligne un des cadres interrogés, la chance c'est être prêt quand l'opportunité se présente ". Elle est rarement le fruit au hasard, elle se " travaille ".

Enfin, réussir aux États-Unis c'est aussi trouver sa place dans la culture américaine tout en maintenant une identité et un héritage français. Un positionnement culturel pas toujours évident puisque 47% des cadres interrogés reconnaissent avoir connu au début de leur carrière des obstacles d'ordre culturel.

Au final, néanmoins, les cadres dirigeants français aux États-Unis sont des professionnels heureux. 91% des sondés, en effet, se disent satisfaits de leur parcours et /ou considèrent leur carrière réussie. 77% d'entre eux avouent même être satisfaits de leur rémunération alors que des études similaires menées parmi des cadres restés en France indiquent un niveau de satisfaction proche de 30%.

Par Fabienne PHILIPPART

 

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